Le Gâteau Émeraude (ou Gâteau aux Courgettes) ✨

gâteau vert émeraude


un Roi à la peau couleur feuille de printemps, qui régnait sur une tout petite planète nommée Silvestria, située à des milliers d’années-lumière au nord-ouest de notre galaxie. Une dense forêt aux arbres hauts comme des montagnes recouvrait 98 % de sa surface. Les 2 % restants constituaient la Petite Mer Centrale, au sud de laquelle se trouvait le Potager du Roi Vert. La récolte permettait de nourrir entièrement la trentaine de silvestriens qui peuplaient la Grande Forêt. Ceux-ci ressemblaient à des lutins ne dépassant jamais les cinquante centimètres, au nez busqué et aux oreilles pointues. Ils se déplaçaient de branches en branches avec vélocité et souplesse, tels des écureuils. C’était un peuple calme et tranquille, n’aspirant qu’à cultiver son jardin.


Une nuit de Lune Verte, le Roi Chloris X était né, et cette naissance avait suscité bien des commérages, de par son étrange couleur de peau. Mais les silvestriens y avaient vu là non pas une tare, mais une bénédiction. Qui mieux qu’un roi couleur feuille de printemps pouvait régner sur une planète sylvestre ?
Mais à cette particularité physique s’adjoignait une allergie atypique. Le Roi Chloris X ne mangeait que de la verdure, chromatiquement parlant. Il ne digérait pas les autres couleurs. Le rouge lui donnait la varicelle, le jaune la jaunisse, et le brun la colique. Cette singularité était à la fois une chance et une tragédie. Une chance, car il explorait ainsi toute la diversité des saveurs émeraudes. Une tragédie, car le Roi Vert était un bec sucré, et les rares pâtisseries concoctées par ses maîtres cuisiniers ne le satisfaisaient jamais.
Las, il mit un jour au défi les trois meilleurs cuisiniers de son royaume de lui préparer un dessert magique et fantastique à la couleur verte comme sa peau. Le premier lui concocta un entremet avec un financier à la pistache, une mousse au kiwi et un glaçage à la pomme verte. Le second prépara une tarte aux prunes vertes et aux caramboles, avec une pâte au thé matcha. Enfin le dernier imagina une mousse banane verte-avocat. Le Roi huma, goûta, et apprécia. C’était bon, mais ce n’était ni magique, ni fantastique. Il n’arrivait pas à avoir le sourire extatique de ceux savourant un gâteau au chocolat cru, ni le regard lumineux de ceux se délectant d’une simple tarte aux pommes. Morose, il en devint cruel, et interdit toutes les pâtisseries sur Silvestria, afin que personne ne puisse se repaître de délices devant lui.
          Après un mois de disette sucrée, le Légumier du Roi décida de mettre la main à la pâte. Il partit cueillir quelques jeunes et tendres courgettes estivales s’enferma dans sa cuisine toute la nuit. Au petit matin, il demanda audience au Roi, un plat recouvert d’un torchon blanc dans ses bras. Lorsque le Roi parut devant lui, il souleva le tissu et lui servit une large part de son gâteau à la couleur émeraude. Le Roi huma, goûta… et devint rose de plaisir.

trône sylvestre
Le Roi Vert sur son trône sylvestre


          J’aurais pu appeler ce dessert le far sylvestre, tant sa texture ressemble à s’y méprendre au far breton, version verdure, et beaucoup plus digeste de par l’absence de lait, remplacé par la purée de courgette.
     La courgette, fruit-légume estival, est ici associée à la châtaigne, fruit automnal, pour accompagner doucement le changement de saison. Sous forme de farine, cette dernière apporte encore plus de douceur par sa saveur subtilement sucrée. Un dessert comme une ode à la verdure et à la forêt (il ne manque plus que les champignons), une alliance de la Terre, du Bois et de l’Eau. Terre gorgée d’eau. Odeur d’écorce et de sève.
      En Médecine Traditionnelle Chinoise, les aliments sont classés suivant leur nature (froide, fraîche, neutre, tiède et chaude), leur saveur (aigre/acide/âpre, amer, sucré/doux, piquant/épicé, salé), leur couleur. De par ses caractéristiques intrinsèques, ils peuvent se rattacher à un ou plusieurs des Cinq Éléments (Bois, Feu, Terre, Métal, Eau). Toutefois, des données secondaires telles que leur utilisation (mode de préparation et de cuisson) et leur combinaison avec d’autres denrées peuvent modifier ce classement primaire.
         La courgette peut ainsi appartenir à la fois à la Force Terre, de par sa saveur sucrée et douce (si elle est tendre et jeune), mais aussi à l’Eau, de par son caractère aqueux (60 à 95 % d’eau), ou encore au Bois, de par sa couleur verte et sa légère acidité (surtout en fin d’été). Mais associée à d’autres aliments, tels que la châtaigne, l’épeautre et la noix de coco, elle se rattache davantage à la Terre. En outre, la nature fraîche de la courgette et de la noix de coco est contrebalancée et équilibrée par la nature tiède de l’épeautre et de la châtaigne.
(Attention : en MTC, la nature des aliments n’est pas déterminée par leur température, mais par l’effet qu’ils produisent sur le corps après leur ingestion).
        La Terre, comme tous les Éléments de la MTC, est à comprendre comme un processus, un mouvement, et non pas comme un constituant de la nature, bien que les caractéristiques de la terre proprement dite agissent comme une métaphore dans la conception de la Force correspondante. La Terre relève de l’humus, du terreau fécond : elle a ainsi une valeur maternelle. Elle reçoit l’Eau (pluie, ruisseaux) et le Feu (chaleur), et accueille le Bois (arbres) et Métal (minéraux). De fait, elle est un support de référence et d’équilibre : elle est centrale. De plus, elle est la seule des Cinq Forces à ne correspondre à aucune saison en particulier, mais à l’intersaison.
Un dessert parfait pour accompagner l’arrivée de l’automne ⛅, vous disais-je…


gâteau vert émeraude


          Mais après cette parenthèse orientale et poétique, revenons à la vedette de ce gâteau émeraude (et après vous aurez la recette, promis) : la courgette.
      La courgette est une variété de courges, appartenant donc à la famille des cucurbitacées, qui a la particularité d’être cueillie jeune (d’où le suffixe diminutif en -ette). Cette plante potagère pousse au sol et donne des fleurs de couleur jaune-orangée , qui donne elles-mêmes des fruits, appelés également courgettes.
          Botaniquement parlant, la courgette est donc un fruit, car elle contient les graines de la plante, mais nous avons l’habitude de l’utilisée comme un légume. Il me semblait donc qu’elle méritait une recette en hommage à sa nature fruitée.
Souvent de couleur vert émeraude, parfois très profonde (la Reine des Noires), ou plus clair (la Diamant, l’Aurore), elle peut aussi revêtir d’autres parures : Grisette de Provence, Blanche de Virginie, Golrush, Trompette du Var (d’un vert plus clair, nommée ainsi de par sa forme caractéristique, à la fleur plus allongée et plus facile à farcir)… que de jolies noms !



Un peu d’histoire…

            La courgette, très utilisée dans la cuisine méridionale (douce ratatouille, petits farcies et autres), vient en fait d’Amérique centrale, et est absolument inconnue en Europe jusqu’au XVIe siècle. Lorsqu’elle est ramenée dans nos contrées, les tentatives d’utilisation culinaire sont infructueuse, pour la simple et bonne raison que les fruits sont cultivées à maturité, et donc gorgées de graines, fibreuses et recouvertes d’une peau épaisse. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que les Italiens ont l’idée de les cuisiner jeunes, alors qu’elles sont beaucoup plus douces et digestes.


gâteau vert émeraude




            Du point de vue nutritionnel, ce dessert est particulièrement léger et équilibré (mais comme nous l’avons vu, d’un point de vue poétique aussi) :
♦ La courgette, gorgée d’eau, est particulièrement digeste. Cuite avec douceur, elle apporte en outre des minéraux et oligo-éléments essentiels. Parmi les plus importants, on compte le potassium (bénéfique pour notre sang, dont il équilibre le pH), le phosphore (2e minéral de notre corps, après le calcium, il permet la formation et le maintien de nos os et dents, et est l’un des constituants principaux de nos cellules), et le magnésium (santé de nos os, protection immunitaire, énergie). Elle contient aussi des vitamines, en quantité modérée : B2, C (crue), A (cuite), B6 (crue et cuite).
♦ La farine de châtaigne, à la saveur ronde et biscuitée, est une de mes farines préférées (bientôt, elle aura droit à un article complet ♥). Dépourvue de gluten, elle contient des acides aminés essentiels et des fibres. Elle est réputée pour donner de l’énergie de par ses sucres lents. Enfin, elle est riche en potassium, magnésium, en calcium et en fer.
♦ La noix de coco apporte une subtile saveur, déclinée en deux palettes : son sucre, et son huile. Le sucre de cocotier, à la saveur caramélisée, est célèbre pour son Index Glycémique bas (soit un taux de glucose faible dans le sang après ingestion). L’huile de coco, en tant que source d’acides gras saturés, est à privilégier pour la cuisson, car elle contient peu d’acides gras essentiels, qui seraient alors dénaturés. Elle vient ici remplacer le beurre en quantité minimale, davantage pour le goût, car la purée de courgette apporte déjà tout ce qu’il faut d’onctuosité. Pour en savoir davantage sur l’huile de coco, je vous invite à (re)lire le bel article pastel de Mély, qui détaille toutes ses propriétés et possibles utilisations.
(Nota Bene : la noix de coco est elle aussi rattachée à la Terre en MTC… d’autant plus symbolique que l’huile de coco est composée pour moitié d’acide laurique, le principal acide gras saturé du lait maternel, ce qu’a subtilement relevée/révélée Mély).





Pour 4 à 6 personnes, soit un moule rond de 21-23 cm de diamètre, ou un moule à cake :

3 petites courgettes (ou deux moyennes, en ce cas, retirer les graines si elles sont trop grosses, sinon la purée sera trop aqueuse)
3 œufs
100 g de farine d’épeautre (ou de blé)
25 g de farine de châtaigne
60 g de sucre de coco
½ sachet de poudre à lever
Vanille (sous forme d’arôme ou d’épice, et selon le goût)
1 càs d’huile de coco + pour beurrer le moule

♦ Préchauffer le four à 200°C.
♦ Cueillir ou recueillir trois petites courgettes à la belle couleur émeraude. Les laver soigneusement et les couper en dés (avec la peau) avant de les cuire cinq petites minutes à cuisson douce (à la vapeur, ou dans une casserole avec un fond d’eau). Les égoutter (si cuisson à la casserole) et les passer à l’eau fraîche pour qu’elles refroidissent et gardent leur belle couleur. Les mixer avec la cuillère d’huile de coco.
♦ Battre les œufs avec le sucre de coco.
♦ Ajouter la purée de courgette, qui doit avoir une couleur vert profond.
♦ Ajouter les farines tamisées, la poudre à lever et la vanille.
♦ Huiler de coco le moule, puis verser la préparation sylvestre.
♦ Cuire 30 à 40 minutes à 200 °C, en surveillant bien. Le dessus doit rester bien vert, le dessous brunir, le tout légèrement gonfler.
♦ Manger tiède ou frais, à l’ombre d’un arbre ou les pieds dans l’herbe. Personnellement, je le préfère frais, après plusieurs heures, voire une nuit de repos.
L'idéal est de le servir avec une sauce légèrement tiède, comme un lait de coco crémeux aromatisée à la vanille ♥, du chocolat ♥♥, ou du caramel doré vegan ♥♥♥.



gâteau vert émeraude



Douce journée à vous. 


Sources

CUPILLARD Valérie. Bio, bon, gourmand. Issy-les-Moulineaux : Prat Éditions, 2008. 480 pages.

Courgette
"La courgette : tout savoir sur la courgette et ses recettes" (En ligne). In Marmiton.org.
"Courgette et pâtisson" (En ligne). In PasseportSanté.net.

Huile de coco
DUFEY Mélanie (Mély). "Les bienfaits / propriétés de l’huile de coco (santé & beauté) ♥" (En ligne). In Chaudron Pastel. Mis en ligne le 22 juillet 2012.

Médecine Traditionnelle Chinoise
Médecine Traditionnelle Chinoise (En ligne).
"Cinq Éléments" (En ligne). In PasseportSanté.net.  





CONVERSATION

2 commentaires:

  1. peut on remplacer la farine de chataigne ? Merci
    Chloé , Nice

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    Réponses
    1. Bonjour Chloé,

      Bien sûr ! Elle peut être remplacée par la même quantité de farine de votre choix, blé ou épeautre, et même des farines sans gluten !
      Belle journée à vous.

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